Angus DJ

MIXTAPE #74 BY MYRIAM JACQUET

Elle aurait dû être chercheuse en sociologie des médias, mais elle est finalement devenue journaliste pour la télévision, chroniqueuse musicale pour la radio et tenancière du blog getanattitude.fr. Ce qui est tout de même bien plus marrant.
Sa vie bascule le jour où, encore toute gamine, elle rencontre Marie Dauphin, l’interprète du générique de “Bibifoc”. La chanteuse l’ayant éhontément doublée dans la file du Mac Do, Myriam décide qu’elle n’écouterait plus ses chansons et se consacrerait désormais à la vraie musique.
Quelques années plus tard, et après un regrettable détour par Ace of Base et Sheryl Crow, voici sa sélection musicale spécialement étudiée pour abreuver vos oreilles de fraîcheur sonore. Et non : il n’y a pas « Bibifoc ». Une autre fois peut-être.

 

Grimes – Oblivion
Visions
Arbutus

Grimes est tout bonnement barrée. Amatrice de speed, de jeûne et d’état de transe, cette canadienne s’est lancée dans la musique comme on se lancerait dans le vide. Avec “Oblivion”, j’ai cette sensation étrange d’être Alice au Pays des Merveilles, ou plutôt Alice sous LSD au Pays des Merveilles.

 

Jai Paul – Jasmine
Jasmine (single)
XL

On ne peut pas dire que Jai Paul hante particulièrement les charts. Cet anglais à la voix soyeuse est plutôt du genre discret. Seules deux démos circulent actuellement dont cette enthousiasmante « Jasmine ». Et pourtant Jai Paul est déjà un nom qui pèse dans la musique : Drake et Beyoncé ont samplé son premier titre, « BTSTU ».

 

Ms Mr – Hurricane
Hurricane (single)
Self Released

Encore un groupe mystérieux sorti de nulle part et qui caresse nos pavillons acoustiques à grand renfort de voix délicate. Le duo new yorkais Ms Mr cultive le mystère avec plus de soin que Stéphane Marie cultiverait son jardin dans “Silence ça pousse”. Une méthode payante puisqu’on on ne parle que d’eux depuis l’apparition de leur dernier single “Hurricane”.

 

WIN WIN – Walls
Ones and Zeros
Vice Music

Fin des années 70 : un groupe d’anarchistes punks fait bouger l’Angleterre au son de chansons expérimentales, toujours combinées à des collages sonores, des vidéos et surtout un esprit libertaire. Crass sort de nombreux titres qui vont secouer non seulement le mainstream briton mais aussi la scène alternative.
2012. Plus de 30 ans après la sortie de “Walls”, le trio new yorkais Win Win reprend le titre de Crass. Bien loin du style musical des anglais, Win Win joue dans la cour de l’électro. Mais avec leurs goûts prononcés pour les expérimentations sonores et les performances vidéos, les américains ont plus d’un gène en commun avec Crass. C’est donc sans aucun complexe qu’ils ont retravaillé “Walls”. L’anthème indigné original prend une nouvelle dimension, plus exubérante et probablement plus porteuse d’espoir.

 

Mc Luvin – Tell Me What You Hate
Animal
Disque Primeur

Si je devais vivre dans une série américaine des années 90, je serais probablement une Gina ou une Wendy qui va connaitre de folles aventures dans son nouveau bahut. Et « Tell me what you are » en serait le générique. Je me demande même si les deux compères formant Mc Luvin ne se sont pas échappés d’un épisode de « Lewis Parker ». Leur premier album « Animal » est à l’image de ce titre : vitaminé jusqu’à l’overdose, puissant et surexcité.

 

Tanlines – All Of Me
Mixed Emotions
True Panther Sounds

Ils ont sorti leur premier album en mars 2012, mais on avait déjà pu les croiser quelques années auparavant en première partie de Julian Casablancas. Tanlines sait comment allier avec précision l’énergie heureuse de la pop et ce petit son rebelle que l’on trouve dans les productions de rock indépendant. “All Of Me” est particulièrement lumineux, comme imprégné de la morsure ensoleillé de l’Afro-pop. Un titre qui me transporte dans un état de joie inextricable.

 

The Stepkids – Suburban Dream
The Stepkids
Stones Throw

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’aurait donné le scenario de Tron, si le héros s’était retrouvé dans un synthétiseur à la place d’un jeu vidéo ?
Et bien, cela donnerait probablement la sensation dégagée par “Suburban Dream” des audacieux Stepkids. Un mec à la cool qui se baladerait tranquillement dans les programmes marimba et démo sans risquer de se faire pourchasser par d’abominables soldats à la solde du Master Control Program. Comme quoi, la vie est mal faite.

 

Major Lazer feat. Amber Coffman – Get Free
Get Free (single)
Downtown Music

Alors non, je n’aime pas le reggae, soyons bien clair. Je n’aime pas non plus le dancehall. J’aime Major Lazer, ce qui est très différent. Si, si.
Et j’aime encore plus Major Lazer lorsqu’ils invitent Amber Coffman de Dirty Projector à chanter sur “Get free”. Ne me demandez pas d’expliquer pourquoi, mais cette chanson m’évoque invariablement la belle histoire de “Un ours dans les nuages” : un petit garçon qui voyage dans le ciel sur le dos d’un gros nounours en nuage. Voilà, c’était l’instant culcul la praline. Bisous.

 

Mikhael Paskalev – Jive Babe
Jive Babe (single)
Mikhael Paskalev

Rien de plus sexy qu’un charmant garçon qui fait du rock’n roll à l’ancienne. Surtout s’il a de la gomina dans les cheveux et des tatouages. Autant dire que Mikhael Paskalev a tout pour (me) plaire. Son album est prévu pour septembre 2012 et je ne vous cache pas que je l’attends avec autant d’impatience que le chien de la famille Ingalls attendait Laura de retour de l’école.

 

The Squires – I’ll Love You Forever
Neil Young Archives, Vol. 1
Silver Bow

Quand il était au lycée, Neil Young a officié dans le groupe The Squires. Un petit groupe sans prétention qui se contentait de se produire à l’occasion de bals de promotions. Neil Young et ses camarades avaient pourtant tapé dans l’œil du DJ local qui leur avait ouvert les studios de sa radio, à Winnipeg, pour enregistrer leur premier single. Il en est sorti le titre instrumental « The sultan ». Le groupe en a également profité pour enregistrer d’autres morceaux dont ce magnifique “I’ll Love You Forever”. Mais il aura fallu attendre 25 ans avant de pouvoir le découvrir, exhumé d’un carton d’archives.

 

Allah-Las – Catamaran
Tell Me (What’s On Your Mind)
Innovative Leisure

Vous aimez Nick Waterhouse ? Vous aimez Hanni El Khatib ? Vous aimez le rock garage ? Vous aimez le surf rock ? Vous aimez la Californie ? Bon, alors vous aimez Allah-Las.

 

The Cambodian Space Project – Mean Visa Kmean Bai
2011: A Space Odyssey
Metal Postcard

Pour le dernier titre de cette mixtape, je vous ai réservé un billet express pour le Cambodge. Des musiciens français et australiens, une chanteuse cambodgienne et un rock sixties vintage totalement assumé : voici The Cambodian Space Project. Dans « Mean visa kmean bai », littéralement « j’ai un visa mais je n’ai pas de riz », Srey Thy, chanteuse aux milles vies dramatiques, évoque dans ses chansons sa condition de réfugiée.

 

Retrouvez la mixtape 74 de Myriam Jacquet sur Whyd